Monopolisation de l’eau par les entreprises dans la vallée d’Ica
Dans la vallée d’Ica, au Pérou, la pression croissante exercée par les entreprises qui exploitent les ressources en eau a atteint des niveaux alarmants. Plusieurs multinationales, attirées par la rentabilité des fruits de la soif tels que les myrtilles et les avocats, ont pris possession de vastes quantités d’eau souterraine, amplifiant ainsi la situation de pénurie d’eau dans la région. Ces entreprises, en particulier Agroindustrial Beta, utilisent des techniques d’extraction d’eau qui dépassent de loin les capacités de recharge des aquifères, entraînant un véritable désastre environnemental.
Il est estimé que chaque tonne de myrtilles nécessite près de 1 000 mètres cubes d’eau pour sa production. Entre 2019 et 2025, Agroindustrial Beta a exporté plus de 1 000 tonnes de myrtilles, générant des revenus dépassant
530 millions de dollars. Toutefois, cette prospérité apparente est bâtie sur des bases fragiles, puisque l’extraction d’eau se fait de manière non durable, laissant les agriculteurs locaux, comme Matías Taca, en proie à l’incertitude et à la misère. Ces derniers, vivant de la petite agriculture, sont contraints d’acheter de l’eau pour irriguer leurs cultures lorsque les niveaux de la rivière Ica chutent.

En 2025, les rapports indiquent que la majorité des aquifères de la vallée d’Ica sont en état d’urgence, avec une extraction bien supérieure à la recharge naturelle. Les données de l’Autorité nationale de l’eau montrent qu’alors que la recharge naturelle annuelle des aquifères est estimée à 266 millions de mètres cubes, les agro-exportateurs prélèvent entre 373 et 563 millions de mètres cubes. Ce déséquilibre provoque le déclin progressif des réserves d’eau souterraines, mettant ainsi en péril la sécurité hydrique des habitants de la région.
Les principales entreprises exportatrices, en plus de pomper des quantités d’eau excessives, utilisent souvent des méthodes illégales ou éthiquement questionnables pour accaparer ces ressources. Par exemple, plus de 200 entreprises agro-exportatrices opèrent dans la région, mais une trentaine d’entre elles contrôlent la majorité des terres cultivées, entre 400 et 1 500 hectares chacune. Cette concentration des terres et des ressources exacerbe la crise, car ces entreprises agissent comme des acteurs monopolistiques, poussant les petits agriculteurs à bord de la faillite et à la lutte pour la survie.
Impact environnemental de l’agriculture intensive
L’impact environnemental de l’agriculture intensive dans la vallée d’Ica ne se limite pas à la simple exploitation des ressources, mais inclut également des conséquences écologiques dévastatrices. La destruction des habitats naturels pour faire place à des monocultures a conduit à une perte de biodiversité alarmante. Les petits agriculteurs qui pratiquaient une agriculture diversifiée doivent désormais s’adapter à une réalité où l’eau devient un luxe, tandis que les grandes entreprises continuent de croître sans prendre en compte leurs pratiques d’extraction.
- Perte de biodiversité : L’irrigation intensive et les monocultures réduisent la variété des cultures et de la faune.
- Salinisation des sols : L’extraction excessive peut entraîner une montée de l’eau salée, rendant les terres infertiles.
- Conflits locaux : La lutte pour l’accès à l’eau génère des tensions entre agriculteurs et entreprises, compromettant la paix sociale.
En conséquence, les conséquences de cette exploitation aveugle sont visibles à la fois dans des crises sociales et environnementales qui menacent la durabilité à long terme non seulement pour la région, mais aussi pour la sécurité alimentaire mondiale, étant donné le rôle d’Ica en tant que principal fournisseur de fruits à l’international.
| Type de culture | Consommation d’eau par hectare (m³) |
|---|---|
| Myrtilles | 11 500 |
| Avocats | 20 000 |
| Asperges | 9 000 à 15 000 |
| Raisins de table | 7 000 à 10 000 |
Les cultures de la soif : comment la pénurie mondiale d’eau transforme l’agriculture
Avec l’évolution du climat et l’aggravation de la pénurie d’eau, les méthodes agricoles doivent également évoluer. Les entreprises qui investissent dans la cultures intensives s’attaquent aux derniers vestiges des ressources en eau, tout en développant des pratiques qui réduisent leur empreinte hydrique tout en maintenant leur niveau de profit. Cependant, cette stratégie est rarement réalisable sans nuire aux aquifères locaux. De plus en plus d’agriculteurs font état de la nécessité de modifier leurs systèmes de culture.
Un changement notable concerne l’introduction de systèmes d’irrigation plus efficaces, tels que l’irrigation par goutte-à-goutte, qui, en théorie, devrait réduire la consommation d’eau. Cependant, cette technique, qui semble offrir une solution à la crise, présente des limites. Ainsi, tandis que l’eau est distribuée de manière plus précise, aucune mesure ne garantit que la quantité supplémentaire économisée soit réinjectée dans le système aquifère. Cela crée un cercle vicieux où les aquifères continuent de se vider sans que les cultures s’en trouvent nécessairement affectées.
- La mise en œuvre de techniques de gestion de l’eau plus efficaces, mais pas toujours durables.
- La nécessité d’éduquer les agriculteurs sur les pratiques agricoles durables.
- La recherche de cultures plus résistantes à la sécheresse et à faible consommation d’eau.
Le succès de ces initiatives dépendra de la volonté politique des États, ainsi que de la pression exercée par les consommateurs pour exiger des pratiques agricoles éthiques. Des études comme celle commandée par le Royaume-Uni, intitulée « How Fair is Our Water Footprint in Peru ? » illustrent l’importance de réguler les pratiques connues de durabilité afin de lutter contre la dénonciation du manque d’efficacité dans l’exploitation de l’eau. Cependant, la route est encore semée d’embûches.
| Innovations Agronomiques | Impact sur la consommation d’eau (En m³) |
|---|---|
| Irrigation par goutte-à-goutte | – 30% |
| Culture de variétés résistantes | – 40% |
| Réduction de la superficie cultivée | – 20% |

Question ouverte : Eau et entreprises, le défi de la sobriété
Une des questions centrales de cette problématique est la gestion durable des ressources en eau. Comment peut-on amener les entreprises à repenser leurs stratégies d’accaparement de l’eau en Ica pour adopter davantage de sobriété ? Plusieurs pistes existent. D’une part, la sensibilisation des consommateurs à leurs impacts à distance sur les ressources en eau représente un enjeu clé. Quand nous consommons des fruits frais tout au long de l’année, nous devons être conscients que chacun d’eux est le résultat d’un processus intensif lié à l’extraction d’eau massive.
De plus, les entreprises doivent s’adapter pour contracter des accords de partage de l’eau avec les communautés locales pour s’assurer d’un approvisionnement équitable, tout en poursuivant leurs objectifs économiques. Cela signifie nécessairement des changements dans les frameworks légaux et des échanges de bonnes pratiques pour assurer la transparence et l’accès égal à l’eau entre différentes parties prenantes. Cela pourrait notamment passer par des initiatives comme la campagne d’Oxfam, qui exhorte les entreprises à prendre conscience de leur empreinte hydrique.
- Établir des régulations plus strictes sur l’extraction d’eau.
- Encourager la collaboration entre entreprises et communautés.
- Favoriser des pratiques agricoles qui respectent l’intégrité des aquifères.
Sans ces ajustements, la vallée d’Ica continuera d’endurer les répercussions d’un modèle agricole archaïque qui n’est plus viable face aux défis environnementaux actuels.
La soif du profit : l’accaparement de l’eau et ses conséquences
De nombreuses études montrent que l’accaparement de l’eau par des entreprises agroalimentaires risque de mettre en péril non seulement l’accès à l’eau pour les petits agriculteurs, mais aussi à la ressource en eau pour toute la communauté. L’aspect néocolonial du modèle économique en place est également soulevé, où des entreprises exercent un contrôle direct sur des ressources considérées comme vitales pour le quotidien des populations locales.
En examinant des cas réels comme celui d’Agroindustrial Beta, il apparaît que même des pratiques illégales d’extraction continuent d’être tolérées par les autorités. Malgré des sanctions sporadiques, l’extraction illégale d’eau par de grandes entreprises se poursuit, tout en offrant une façade de légalité. Il est devenu urgent d’interpeler l’État sur la protection des droits fondamentaux des citoyens face à l’accaparement des ressources. L’organisation Medef a récemment souligné la nécessité de revoir les lois afin de garantir une gestion durable de l’eau au niveau industriel.
- Réglementation stricte sur l’extraction d’eau souterraine.
- Suivi indépendant des pratiques des entreprises.
- Constitution d’une plateforme pour le dialogue sur l’eau entre entreprises et agriculteurs.
De plus, les consommateurs doivent exiger des fruits issus de pratiques agricoles durables. La transparence devient alors essentielle, chaque produit aliment ayant un contexte d’origine non apparent mais crucial, surtout dans des régions comme Ica, où les aquifères sont en déclin. Les fruits de la soif que nous consommons dans nos supermarchés portent en eux l’empreinte d’une exploitation irresponsable de l’eau.
| Conséquences de l’accaparement de l’eau | Impact sur la communauté |
|---|---|
| Diminution des ressources en eau | Accès restreint pour les petits agriculteurs |
| Érosion de la biodiversité | Menace sur l’agriculture locale |
| Prolifération d’inégalités | Conflits d’accès à l’eau |
Source: saludconlupa.com